Submitted by Emploi Maroc on Tue, 2009-06-23 12:46 - 0 commentaires

Crise: Comment rebooster le moral des collaborateurs

Dialogue, activités à caractère social… autant d'actes épousant un discours sincère et rassurant.

La crise économique mondiale ne cesse de faire des dégâts. Au Maroc, certains secteurs sont encore épargnés, Dieu merci, mais d'autres souffrent énormément de cette conjoncture difficile, surtout celles travaillant dans l'export. L'enjeu est de taille, non seulement les entreprises touchées doivent essayer de sortir avec le moindre de dégâts matériels mais elles doivent aussi garder le maximum de compétences et de sauver leur capital humain.

Certes, des licenciements dans la distribution, le textile ou encore dans le secteur de la sous-traitance vu la baisse des commandes à partir de l'étranger, sont à déplorer, mais une grande partie des sociétés retiennent encore leurs éléments clés car leurs dirigeants savent que la crise est passagère et qu'il faut s'y appuyer pour faire une restructuration en interne.

Alors, confrontés à ces turbulences, les collaborateurs ne sont pas du tout rassurés et commencent même à se poser des questions sur leur avenir dans leurs boîtes respectives. Certes, c'est une réaction légitime, mais il ne faut pas céder à la panique car un changement de travail demande une grande préparation et de mûres réflexions. Alors pour leur redonner du poil de la bête, les managers doivent faire de leur mieux pour les rassurer à travers plusieurs actions. A ce moment-là la motivation redevient cruciale. Pour ce faire, une communication de proximité s'impose afin de couper court aux rumeurs et aux fausses informations. Le middle management devient un élément clé pour gérer cette situation un peu délicate et spéciale.

Par ailleurs, l'entreprise peut entreprendre des actions ne nécessitant pas un énorme investissement financier et qui peuvent rapporter gros. Les consultants conseillent l'organisation de petits événements destinés à remotiver les collaborateurs. L'idéal c'est de réunir ces personnes-là en dehors de leurs heures de travail. Certes, ce n'est pas suffisant, mais adossées à une bonne communication, à une meilleure reconnaissance, ces actions permettront au personnel visé d'oublier le stress et les peurs et à l'entreprise d'enjoliver son image auprès de ses collaborateurs.

Un grand exercice pour les managers qui doivent user de leur talent de persuasion pour retenir les bons éléments. De nouveaux enjeux s'ouvrent à ces supérieurs hiérarchiques, non seulement ils doivent veiller à la bonne marche du travail mais ils sont tenus aussi de motiver les troupes, de donner du sens à leurs actions et de maintenir le cap d'une stratégie. Une pratique managériale en bonne et due forme s'impose car c'est dans la crise qu'on reconnaît les vrais patrons des «bouche-trous ».

«Il est fort recommandé d'instaurer une communication de proximité»
Avis de l'expert - Mohamed Benouarrek

Comment rebooster le moral des collaborateurs en ces périodes de crise?
La période de crise donne en général lieu à un sentiment d'instabilité et d'insécurité. Certains collaborateurs risquent de se faire emballer par des vagues de rumeurs et/ou de manipulation interne ou externe les déstabilisant et impactant ainsi leur moral. Rebooster le moral est très difficile tant que le rapport de confiance n'est pas établi.
Dans de telles circonstances, il est fort recommandé d'instaurer une communication de proximité épousant un discours sincère et rassurant. Des activités à caractère social peuvent aussi donner des signaux lénifiants.

Sur quels leviers s'appuyer en dehors du salaire ?

L'impact du salaire reste limité dans le temps. Certes, c'est un levier motivationnel mais à courte durée. Les autres leviers peuvent être l'implication dans le travail et surtout les projets d'entreprise qui signifient que la continuité est assurée, le feedback positif qui rassure les collaborateurs quant à leur importance au sein de l'entreprise, les actions de team building qui recréent une proximité relationnelle et une chaleur humaine nécessaire pour reprendre confiance vis-à-vis de son environnement. Le tout peut servir à verrouiller le système relationnel employé – emploi et employé – employeur.

Comment favoriser les échanges entre collaborateurs ?

Les échanges entre les collaborateurs peuvent être stimulés à travers la mise en place d'un système de communication régulier intra et interdépartemental, la création des open-space fluidifiant les échanges, l'encouragement du speak-up et la liberté d'expression, l'organisation des brainstormings, etc. Il reste évident que les échanges se créent et se maintiennent à travers un mode de gestion participatif.

Quels rôles doivent jouer les managers de proximité ?

Les line managers ou bien les managers directs ont un devoir de coaching de proximité dans les moments de crise où le doute et la méfiance trouvent un terrain propice. Leur relation quotidienne, fréquence d'interfaces, confiance bâtie sur des années avec leurs collaborateurs sont des atouts afin de booster leur moral et les remettre sur les rails de travail et non de la spéculation politisée souvent non fondée. Ces managers de proximité doivent eux-mêmes être convaincus et inspirer confiance. Tout double jeu risque d'être fatal.

Que conseillez-vous aux responsables RH ?

Il faut faire preuve de souplesse et de flexibilité et adopter un mode de gestion spécial crise. Ce dernier doit être réconfortant et rassurant basé sur une communication de proximité sincère et conviviale. Il n'existe pas de recette magique car chaque entreprise à sa propre réalité et interface avec la crise – interface réelle ou bien perçue. La conduite du changement lors d'une période de crise doit être un acte andragogique permettant aux collaborateurs de voir la nécessité d'agir eux-mêmes et d'y croire. Après tout, comme le dit bien Jean Monnet, « les Hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise».

Par Nadia DREF | LE MATIN